vendredi 4 juillet 2014

"Sauve-toi, la vie t'appelle" de Boris Cyrulnik.

C'est ma môman qui a eu la très bonne idée de me le ramener la dernière fois qu'elle est venue nous rendre visite.

Oui, comme tu le vois, maman chérie, tes cadeaux ne restent pas dans un coin poussièreux de ma chambre, et peuvent même servir accessoirement à me cultiver l'esprit ! ;)




Je connaissais Boris Cyrulnik pour l'avoir entendu dans certaines émissions de télé, en tant que neuro-psychiatre, et expliquant sa thèse bien connue de la résilience. J'avais aussi lu différents articles à ce sujet qui m'intéresse particulièrement. Mais c'est la première fois qu'il m'est donné l'occasion de lire en entier un des ses écrits. Je pensais qu'il allait être truffé de références psy, mais ce n'était pas le cas... Ouf ! Et sa lecture n'en est que plus agréable, car ces mémoires se parcourent comme un roman avec de temps en temps quelques introspections, mais rien de bien rébarbatif.
Néanmoins, ce n'est pas le type de récit que l'on ne lâche plus à partir du moment où on l'a commencé. Mais ce n'est pas plus mal car on peut le lire par petites bribes, au grès de ses envies. De plus, l'auteur fait toujours en sorte d'alléger la pesanteur du sujet (son enfance juive durant l'Occupation), en le relatant parfois de manière ironique, à travers le regard de l'enfant qu'il était et qui ne comprend pas tout ce qui se déroule autour de lui, mais qui se fait déjà une idée de la vie et de l'absurdité du monde dans lequel il vit.
Pourtant, la profondeur du message est bien présente, alliée à cette interrogation qui se fait par rapport à la construction de la mémoire quand on a vécu un évènement traumatisant pendant sa jeunesse, et de quelle manière on réussit par la suite à le traduire et à témoigner.

Comme le dit la quatrième de couverture de mon édition de poche, aux Editions Odile Jacob, il s'agit d'une
"histoire bouleversante que Boris Cyrulnik nous raconte pour la première fois en détail dans ce livre où l'émotion du survivant se conjugue au talent de l'écrivain, où le récit tragique se mêle à la construction de la mémoire, où l'évocation intime d'une enfance fracassée par la guerre exalte la volonté de surmonter le malheur et de répondre à l'appel de la vie. (...) C'est une histoire poignante, hors du commun, qui retentit profondèment en chacun d'entre nous."
Un extrait marquant des premières pages:
" A 6 ans, le mot "mort" n'est pas encore adulte. Il faut attendre un an ou deux pour que la représentation du temps donne accès à l'idée d'un arrêt définitif, irréversible.
Quand Mme Farges a dit: "Si vous le laissez vivre, on ne lui dira pas qu'il est juif", j'ai été très intéressé. Ces hommes voulaient donc que je ne vive pas. Cette phrase me faisait comprendre pourquoi ils avaient dirigé leur revolver vers moi quand ils m'avaient réveillé: torche électrique dans une main, revolver dans l'autre, chapeau de feutre, lunettes noires, col de veste relevé, quel évènement surprenant ! C'est donc ainsi qu'on s'habille quand on veut tuer un enfant.
J'étais intrigué par le comportement de Mme Farges: en chemise de nuit, elle entassait mes vêtements dans une petite valise. C'est alors qu'elle a dit: "Si vous le laissez vivre, on ne lui dira pas qu'il est juif". Je ne savais pas ce que c'était qu'être juif, mais je venais d'entendre qu'il suffisait de ne pas le dire pour être autorisé à vivre. Facile !
Un homme qui paraissait le chef a répondu: "Il faut faire disparaître ces enfants, sinon ils vont devenir les ennemis d'Hitler". J'étais donc condamné à mort pour un crime que j'allais commettre.
L'homme qui est né en moi cette nuit-là a été planté dans mon âme par cette mise en scène: des revolvers pour me tuer, des lunettes noires la nuit, des soldats allemands fusil à l'épaule dans le couloir et surtout cette phrase étrange qui révélait ma condition de futur criminel.
J'en ai aussitôt conclu que les adultes n'étaient pas sérieux et que la vie était passionnante."

Un extrait marquant des dernières pages:
"Ni haine, ni pardon. (...)
C'est un peu ce que j'éprouve en pensant au nazisme ou au racisme. Ces hommes se soumettent à une représentation coupée de la réalité. Ils s'indignent de l'idée qu'ils se font des autres: à mort les parasites, les Nègres, les Juifs, les Arabes, les Auvergnats et les zazous. Ils passent à l'acte pour obéïr à cette représentation absurde. La soumission qui les unit leur donne une étrange sensation de force: "Notre chef vénéré est puissant grâce à notre obéissance".
Le choix, pour moi, n'est pas entre punir ou pardonner, mais entre comprendre pour gagner un peu de liberté ou se soumettre pour éprouver le bonheur dans la servitude. Haïr, c'est demeurer prisonnier du passé. Pour s'en sortir, il vaut mieux comprendre que pardonner."

Pour en savoir plus sur Boris Cyrulnik, vous pouvez lire cet article de Wikipédia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Cyrulnik

Pour en savoir plus sur le principe de la résilience en psychologie:
http://www.psychologies.com/Dico-Psycho/Resilience
ou bien visionnez cette vidéo:



Pour regarder une conférence sur ce livre, par l'auteur lui-même:


Florence

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Nota Bene:
Il est possible de commencer un BOOK CLUB (un club de lecture, comme il en existe beaucoup aux USA) à travers ce blog !!
Oui, mais qu'est-ce-que-c'est ça dis donc ?...
Certains d'entre vous ont certainement envie de partager leurs lectures, avec d'autres personnes qui seraient susceptibles d'aimer le même genre littéraire, ou bien des livres ayant le même thème (par exemple: le voyage), ou encore le même auteur dont ils raffolent.
D'une part, toutes les personnes qui le désirent, peuvent rédiger un article pour parler de leur lectures préférées.
Et d'autre part, nous pouvons organiser des rencontres virtuelles, via des évènements facebook, où chaque participant parlera de ce que certains livres lui a apporté, de ce qu'il a aimé ou détesté, ...etc.
Tout le monde peut lire le même livre dans un lapse de temps déterminé, ou chacun vient faire découvrir aux autres le livre qu'il a choisi dans le thème, l'auteur, ou le genre abordé.
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